Isère : ce que l’on sait de l’incendie volontaire dans une caserne de gendarmerie à Meylan

Quatre véhicules ont été détruits par un incendie volontaire, dans la nuit de mercredi 25 au jeudi 26 octobre, à la gendarmerie de Meylan (Isère).

Il s’agit de voitures particulières de gendarmes. Elles étaient stationnées devant un bâtiment de logements de fonction. Le parquet a confié l’enquête à la Section de recherches de Grenoble. Franceinfo fait le point sur cet acte criminel.

Que s’est il passé ?

L’incendie s’est déclaré vers 3h45 du matin devant le bâtiment de logements de fonction de la caserne de gendarmerie de Meylan, dans le département de l’Isère. Le sinistre a « calciné » deux voitures et « noirci » deux autres. La façade du bâtiment a également été noircie par les fumées.

Le procureur de la République de Grenoble, Jean-Yves Coquillat, a évoqué lors d’une conférence de presse des « techniques de sabotage ». Il a déclaré qu’un cadenas avait été posé sur le portail d’entrée de la brigade « probablement pour gêner l’entrée des secours », mais le feu a malgré tout pu être rapidement maîtrisé par les pompiers.

Il n’y a pas eu de blessés, mais l’incendie aurait pu avoir des conséquences « dramatiques » si les militaires n’avaient pas été réveillés au milieu de la nuit par l’odeur du feu, a-t-il précisé. Les 24 occupants de la caserne, soit neuf familles, ont été évacués mais les gendarmes et leurs familles ont rapidement pu regagner leur logement. « On est sortis du bâtiment et nous sommes allés nous mettre en face (…) pour se mettre à l’abri et laisser les pompiers faire leur travail », explique Jennifer Manniez, femme de gendarme, à France 3 Alpes.

 Y a t’il des suspects ?

Les gendarmes et leurs familles ont été  « directement visés », « attaqués dans leur domicile au creux de la nuit », a affirmé le procureur. Jean-Yves Coquillat y voit « une volonté de s’en prendre aux militaires et à leur famille dans un endroit sacré qui est leur domicile », où ils peuvent « se croire en sécurité ». Il a également expliqué qu’il n’y a pas de vidéosurveillance à l’intérieur de la caserne.

Pour le moment, l’incendie n’a pas été revendiqué. La piste « anarcho-libertaire (…) n’est pas écartée dans la mesure où [ses membres] ont un savoir-faire », a expliqué Jean-Yves Coquillat. Le magistrat a également assuré que les faits pouvaient « s’apparenter à du terrorisme » et que le parquet de Paris « suivait l’affaire ».

Dans quel contexte cet incendie a t’il eu lieu ?

Il s’agit du deuxième incendie criminel en cinq semaines ciblant des locaux de gendarmerie en Isère. Dans la nuit du 21 septembre, un feu violent avait ravagé le garage de la caserne du groupement de gendarmerie de l’Isère à Grenoble et des locaux techniques, détruisant des véhicules et du matériel d’investigation, sans conséquences pour les enquêtes en cours. Les gendarmes avaient alors relevé deux départs de feu et constaté que le grillage de l’enceinte extérieure de la caserne avait été découpé.

L’incendie avait été revendiqué à la mi-journée sur un site anarcho-libertaire, indymedia.org, déjà utilisé pour des faits similaires perpétrés à Limoges (Haute-Vienne) deux jours plus tôt. Le 19 septembre, cinq véhicules appartenant au groupement de gendarmerie de la Haute-Vienne avaient été détruits par un incendie. Cet incendie avait été revendiqué par un groupe baptisé « Le RAGE » (Révolte anarchiste des gendarmes exilés), qualifié à l’époque de « fantaisiste » par le parquet.

La même mouvance d’extrême gauche a revendiqué depuis le début de l’année les dégradations commises dans plusieurs installations d’entreprises publiques à Grenoble et dans la région Auvergne-Rhône-Alpes (incendie de relais TDF en Ardèche et dans la Drôme, d’un local d’Enedis dans la Drôme, de véhicules du centre communal d’action sociale et de la métropole de Grenoble, destruction de composteurs du réseau de tramway…). Enfin, toujours à Limoges, une vingtaine de véhicules Enedis ont été incendiés, mardi 24 octobre.

Quelles sont les réactions ?

Dans un communiqué, le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb « condamne avec la plus grande fermeté cet acte criminel qui aurait pu avoir des conséquences humaines dramatiques ». Il témoigne « aux gendarmes de l’Isère et à leurs familles tout son soutien et sa considération pour le travail exceptionnel qu’ils effectuent au quotidien » et assure que « tous les moyens sont mobilisés pour que les auteurs de ces actes aient à en répondre devant la justice ».

Le président du département de l’Isère, Jean-Pierre Barbier, et le député de l’Isère, Olivier Véran, ont également condamné cet acte.